Football et confinement : Comment les clubs franciliens cultivent le lien social ?

Football et confinement : Comment les clubs franciliens cultivent le lien social ?

À l’heure du confinement, le monde du football francilien s’organise pour tenter de garder le contact avec ses adhérents. Partout des initiatives innovantes voient le jour.

Des terrains déserts, des tribunes vides et des milliers de Franciliens privés de leur passion depuis plus d’un mois. Comme pour le reste de la planète, l’épidémie de coronavirus n’a pas épargné le monde du football. À l’arrêt depuis plus d’un mois, le président de la Fédération Française de Football, Noël Le Graët a ordonné l’arrêt des compétitions amateurs ce jeudi 16 avril. Les conséquences sportives et économiques de cette interruption des compétitions risquent d’être dévastatrices à tous les échelons du football français. Ce que l’on sait moins, c’est que le rôle social du football est également mis à mal par l’épidémie.

Selon le président de la Ligue Paris-Île-de-France, Jamel Sandjak, l’instauration du confinement et l’arrêt des pratiques sportives en club est « une catastrophe sur le plan socio-éducatif ». Pour bon nombre de jeunes en difficultés, le football est un lieu de sociabilisation. Un lieu de rencontres, de défoulement, où l’on partage une même passion. Un échappatoire à l’environnement familial quotidien.

Inquiets de voir le confinement rompre ce lien social, de nombreux clubs franciliens ont mis en place différentes initiatives afin de maintenir le contact avec leurs licenciés.

Des éducateurs sportifs, mais pas que…

La première préoccupation des clubs porte sur l’aspect sportif. Longtemps dans le flou, les équipes franciliennes savent depuis ce jeudi qu’elles ne reprendront pas la compétition avant septembre prochain. Pourtant, elles se doivent de maintenir leurs joueurs en forme. Selon le directeur sportif du Cosmo Taverny, Didier Baisnée, « la quasi-totalité des éducateurs sont en relation permanente avec les adolescents ». Il constate également que les joueurs sont extrêmement demandeurs de conseils « afin de savoir ce qu’ils peuvent faire chez eux ».

Stade Jean-Bouin (Taverny) ©CosmoTaverny

À l’image des éducateurs de Taverny, les coachs des clubs franciliens envoient des programmes d’entretien individualisés avec des exercices reproductibles à la maison. Essentiellement basés sur du renforcement musculaire ou du « cardio », ces séances à distance peuvent ensuite être partagées entre les différents membres de l’équipe sur des messageries en ligne comme WhatsApp. Le but étant de garder le contact tout en créant une émulation positive au sein du groupe.

Le rôle des éducateurs va souvent plus loin que le seul aspect sportif. Le football n’est pas l’unique finalité de leur action, mais un outil qui permet de socialiser et de former les individus. Il est donc primordiale que les éducateurs mènent « une pédagogie active permanente envers les plus jeunes » estime Didier Baisnée. Beaucoup tentent ainsi de changer les idées des apprentis footballeurs, pour qui le confinement est plus difficile, avec des petites activités pratiques et ludiques. Le directeur sportif du Cosmo Taverny, Didier Baisnée, assure que les clubs sont conscients que le confinement se vit différemment « entre un jeune dont les parents ont un pavillon avec un grand jardin, qui peut aller s’aérer, et un jeune qui est confiné dans un petit appartement avec de nombreux frères et soeurs, où il n’est pas toujours évident de s’isoler ».

Mamoudou Siby, où l’art de mêler le ludique au pédagogique

Aidés par les réseaux sociaux, les éducateurs peuvent compenser l’absence de contacts physiques par des « interactions numériques ». C’est le cas de Mamoudou Siby, éducateur U12 à Boissy-Saint-Léger. Le jeune homme a créé un tournoi de questions-réponses en ligne sur l’histoire des grands clubs de football européens avec ses jeunes joueurs. Chaque jour des quizz sont organisées par appel vidéo sur Snapchat. « Les jeunes s’affrontent en duel sur un club particulier, ils doivent faire des recherches sur internet, et après je les appelle et leur pose des questions sur l’histoire de ce club » explique l’éducateur du Boissy FC.

L’objectif était à la fois de conserver un lien social avec les jeunes, mais également de se servir du confinement à de fins pédagogiques et éducatives. Bien qu’il concède ne pas pouvoir se substituer à l’école, Mamoudou voit cette initiative « comme un petit cours » pour ces joueurs.

Mamoudou Siby (Boissy FC) ©MamoudouSiby

Cette volonté de transmettre apparait comme un leitmotiv pour ce grand passionné de l’histoire du football et du championnat italien. Selon lui, « la nouvelle génération est différente de la précédente, elle s’intéresse uniquement aux clubs où il y a des stars comme le Barça ou la Juve… Il y a des équipes qu’ils ne connaissaient pas comme par exemple le Borussia Mönchengladbach ».

Retransmis en direct sur Snapchat, les duels ont rapidement fait de nouveaux adeptes. « J’ai eu beaucoup des nouvelles demandes de la part d’enfants qui ont assisté au tournoi ». Face à l’enthousiasme général, Mamoudou Siby a décidé de relancer le concept cette semaine avec des questions portant sur les vainqueurs du ballon d’or.

« Je suis même en train de réfléchir à intégrer les parents. Hier, l’un d’eux assistait à la finale. J’ai parlé avec lui à la fin et il m’a dit qu’il avait vraiment aimé le concept… même s’il n’était pas très content, parce que son fils avait perdu ! (rire) ». Conscient de l’engouement suscité, le jeune coach n’oublie pas de saluer l’attitude de son président qui lui a donné « carte blanche » pour mener à bien ce projet.

« Le football a cette capacité à se retrouver sur un projet commun »

Ces initiatives individuelles nombreuses sont souvent accompagnées par des projets éducatifs menés à l’échelle des clubs. C’est le cas de la Jeanne d’Arc Drancy qui a mis en ligne un « livre de confinement » spécialement pour ces adhérents. Ce document téléchargeable de 25 pages a pour but d’assurer une continuité pédagogique à l’aide d’exercice variés pour petits et grands. Et cela toujours en lien avec le club. Ces mots-fléchés, compréhensions de texte et autres exercices mathématiques sont personnalisés avec les noms et les photos des différents éducateurs et adhérents de la JA Drancy. Un moyen pour que les plus jeunes conservent un lien à distance avec le club, tout en apportant un côté éducatif et ludique.

À Taverny, Didier Baisnée souligne cette initiative du club de Seine-Saint-Denis. « L’avantage du football, c’est qu’il a cette capacité à pouvoir se retrouver sur un projet commun… C’est primordiale durant cette catastrophe sanitaire ». De son côté, il vante le travail tout au long de l’année des jeunes en contrat volontaire civique. Âgés de 18 à 25 ans, ils se mettent à la disposition des enfants du club pour l’aide au devoir, en complément des entraînements qu’ils délivrent. Bien que ce soutien scolaire s’interrompt durant la quarantaine, les liens noués tout au long de l’année peuvent permettre d’aider les jeunes licenciés à surmonter cette crise. Ces derniers ont la possibilité à tout instant de contacter l’éducateur en contrat volontaire civique pour faire part de leurs préoccupations du moment. Cette initiative instaurée par la fédération française de football depuis plus de cinq ans participe à entretenir un esprit solidaire entre les licenciés.

Martelé depuis le début de l’épidémie, la « distanciation sociale » ne signifie pas l’arrêt des rapports sociaux. Au contraire. Tout en n’occultant pas le respect des « distances physiques », il est primordial d’accroître la proximité des relations entre les individus. « C’est en consolidant ce lien social que l’on pourra faire face à cette épidémie » plaide Didier Baisnée. À leur simple niveau, les clubs de football francilien tentent de réinventer des manières de lutter contre l’isolement lié au confinement. Peut-être une voie à suivre à plus large échelle et à long terme.

FootFrancilien

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